Les semences de la possession

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…ou le péché originel de retour dans ses paradis

Au sixième jour, Adam dit à Eve :
– Ô ma pomme, fais moi goûter de ton parfum !
Eve à Adam répondit :
– Ton serpent est bien vif, mais je ne crains son venin !
Et ce fut la chute.

Déjà Lilith (1), première femme d’Adam, refusant toute soumission avait quitté ce paradis qui, depuis quelques temps, sentait le roussis. Entrelacés tel un nœud de vipères, les deux amants ne surent, ni ne purent désormais se séparer. Dur ! Mais Dieu en sa tendre bonté eut l’idée d’un septième jour, et pour eux, créa la grasse matinée.
C’est ainsi que tôt le matin, l’humanité se mit en chemin.
Mais quel sentier ! Car la semence d’Adam, encore sans « o.g.m », mais pleine « d’ho je l’aime », portait en elle, hélas, le terrible gène du péché originel. Autrement dit, un grave danger nommé : Possession.
Depuis ce temps là, des flots de « je t’aime », ces mots que « l’on sème » en tout sens ne disent que la moitié de ce que porte notre vocabulaire. Car cette belle unité en « nous deux » qui sommeille ne tient que par l’envie de ce qui la retient : le désir tenant son objet dans la peur de le perdre. Je t’aime, donc je te tiens, et vice versont. C’est le bel amour de la possession. Cet archétype universel sera également, ici, considéré dans la gestion de toutes sortes de semences. En quoi ce fameux péché originel, religieusement caché à ses propres fidèles, se manifeste t-il dans un champ de blé ? Cette fouille-là nous conduira tant dans le monde secret des sociétés semencières, qu’au centre du village sacré de nos intimités.
Car à bien lire notre mythologie biblique, cette chute originelle n’a d’autre cause que notre comportement possessionnel. Et aujourd’hui, les amants du profit ou de l’envie risquent la même pénitence que nos ancêtres désobéissants : une chute mortelle dans l’escalier de la croissance ou de l’égoïste jouissance. Et pourtant, au cœur de notre conscience, une chance immense est prête à germer, et d’urgence, avant qu’elle ne soit totalement stérilisée.

 

Petits égos, gros monsantos
Par une loi en date du 28-11-2011, nos députés ont, est-ce par intérêt ou ignorance, entérinés une lamentable proposition suggérée par les lobbys grainetiers : « la contribution volontaire obligatoire ». Par cette étonnante formulation, il s’agit de taxer les paysans qui cultivent leurs propres céréales. Ce prélèvement scandaleux devra, transitant les instituts de recherche, être reversé aux sociétés semencières qui, à terme, visent à interdire l’utilisation d’un patrimoine génétique, à l’origine libre et universel. Avec la bénédiction de nos gouvernements, les paysans délinquants seront alors condamnés au profit des monopoles financiers, victimes d’une criminalité légalisée.

Dans la profondeur des glaces de l’Antarctique, un bunker bétonné, payé par des firmes richissimes est censé, soi-disant, protéger les richesses variétales de la semence mondiale. En réalité, il s’agit d’une mise en réserve de gènes nécessaires à l’hybridation stérile et la manipulation transgénique. Puis, en vérité bien cachée, de s’accaparer un potentiel qui deviendra, prochainement et déjà, leur patrimoine intouchable, autrement que vendable et spéculable. Voilà la terre en otage, à l’orée d’un carnage.

C’est que depuis le début du pèlerinage, cette sacrée « pomme d’Adam » nous reste en travers de la gorge. La cause qui, au catalogue officiel limite la diversité des variétés autorisées, est la même que celle qui appauvrit la richesse de notre propre catalogue personnel et émotionnel. Quels sont et où sont ces semences intimes mises à notre disposition dans le terroir de nos cœurs. La possessivité est une sorte de vers solitaire, qui, dans la pomme de notre âme, est responsable de quasiment tous nos malheurs et nos souffrances.
Car qui croit prendre est pris, possédé par ses possessions, embobiné dans les ficelles de la cupidité. La nourriture, la sexualité, la propriété, sont toutes des formes diversifiées d’une manière de s’accaparer, garder, protéger, contrôler, dominer… Des petits « monsantos » habitent chacun des Terriens, sauf peut-être, et à l’exception, du lecteur(trice) de ces lignes si contentes d’être déroutantes ! Désespérément, l’humanité tente de s’en dégager, mais inévitablement, cette tare est une sotte, qui, comme la terre, se colle à nos bottes.

Allez, quelques questions en éponge à notre réflexion. Ne réponds-je pas tous en même temps ! Aussi : Dans quelles terres bancaires ai-je semé mes euros chéris ? Puis-je breveter mes pensées afin d’en tirer quelques deniers ? A quand les statuts d’une société de sperme, marque déposée ?

Allons enfants de la batterie
En poussant le bouchon de paille dans la vaneuse de cette moisson là, il est logique et fatal que l’instinct possessif se porte prioritairement sur la graine car c’est la source du vivant. Là où peut s’exercer le plus grand potentiel de pouvoir ! Aussi, s’approprier une semence est-il profondément paradoxal, puisque le propre de celle-ci est justement de voyager librement et de se partager largement. Si elle s’arrête dans un champ, c’est pour un temps et retourner au vent naturellement.
Dans le mythe de « Demeter » (2), il est question d’un mystérieux « pouvoir du grain ». Ce grain, au seul devoir de nourrir, s’il est méprisé, menacé, peut-il se servir de son pouvoir pour renvoyer l’humanité vers son déclin ? Nous tenons là peut-être une vérité à propos de ces inexplicables allergies au gluten. Or, si les humains ont pour destin d’expérimenter la possession, ils ont aussi probablement les moyens de la conduire vers sa résolution. Le territoire est une nécessité vitale dont chacun est le gardien. Mais la possession est une identification au lieu, à l’objet, à l’antre. La différence est reconnaissable dès que je me sens prisonnier de ce qui « m’a-part-tient ». Toute perte est un voile en charnière entre l’amour et la haine. Or, la liberté : est-ce la fidélité à nos désirs ou notre capacité à leur désobéir ? Là sont les vies des saints, des sages, des fous, des saouls, et toutes les tentatives désespérées afin d’échapper aux tenailles de l’incarnation. Les troubadours en font des chansons, et tous les trous vers son cœur loge dans la pomme un papillon. Merci de votre attention !

Or, toute cette foule de petits péchés cachés sous le manteau bien chaud de la possession, s’agglutine en château, fort du nom barbare « d’Egrégore » (3). Il en est ainsi d’une société semencière ou autre financière. Beaucoup de ceux qui agissent pour elles ne le savent même pas et parmi eux nous autres, les consommateurs. Car ces entités se construisent sur de multiples intentions, les nôtres, qui les désirent. Elles ne s’éteindront qu’à travers la volonté des consciences qui les ont créés. Pour l’instant, elles nous possèdent de leurs chimères et nous retiennent comme le diable en enfer. Ce processus court inévitablement vers son accomplissement : l’étouffement.
Mais la chute approche du fond du trou. Arrivés là, si la culpabilité venait à nous harceler, c’est que nous sommes touchés dans les croyances qui cherchent à nous quitter. Remercions-les et laissons-les passer. Tel le taureau sous la cape de notre toréro. Alors torons !

 

Quand le verbe se fera cher
Dans le jeu sérieux qui oppose les firmes semencières à nos organisations de protection de la graine, personne ne va parier un seul épi de blé pour la peau de l’une des deux nommées. Mais on est des malins et les seuls à le savoir. On peut donc tenter l’effet surprise en les roulant dans la farine. Car si pour eux, ils ont les nanos-folies, nous avons pour nous les micro-symboles. Il est possible de jouer là-dessus, c’est extrêmement puissant. Mais comment ? En modifiant tout par la force de notre conscience, celle qui nous aurons choisi. C’est considérablement plus petit que leurs énormes gènes modifiés. Nous pouvons alors pénétrer leurs codes confidentiels, non pour les accaparer, mais pour les restituer à qui de droit : la terre et ceux qui la respectent.

L’ère du Verseau (4) qui arrive, la théorie quantique (5) déjà là sont des fenêtres ouvertes à des touts possibles en réponse à notre misérable condition de possédants-possédés. Ne restons pas seuls, mais l’écueil est que toute institution finit par vivre pour elle-même et très vite oublie l’idée qui l’a fait naître. C’est pourquoi il est prudent de protéger notre authenticité envers tout groupe auquel nous sommes identifiés.

Retournons donc au début de notre histoire, au centre de notre mémoire, afin de retrouver pourquoi nous sommes descendus là. Que nos terribles « a-qui » ou « et-moi » retournent à la lumière, ainsi que nous le dit et fit Lilith, notre célèbre grand-mère. Donnons toute notre récolte. Ne gardons que le petit sachet de semences pour le semis suivant. Semons-nous totalement. Et voilà qu’après la chute, un voile se lève : c’est « l’Avallon » (6).
Le barde revient dans sa chanson : « Un champ de blé sous un chant d’oiseaux. Chacun des épis dans les bras d’une fleur. Et coquin, l’épi dit à la fleur :
– Voudrais-tu demain, comme moi être du pain ?
Et elle de son œillet câlin lui sourit :
– Je suis ta fleur de sel, tu le sais bien ! » Chéri(e), je t’ai-me (7)!

Auteur: Daniel TESTARD – Quily – Mai 2012

Mouvement des Femmes Semencières pour la préservation des semences reproductibles : https://www.facebook.com/FEMMESSEMENCIERES

 

Notes
(1) « Lilith » : personnage de la bible apocryphe, mais que les textes chrétiens refusent de considérer, sinon en termes de féminité diabolique. En astrologie c’est la « lune noire », un archétype qui refuse toutes dépendances.
(2) « Déméter » : déesse de la Terre mère dans la mythologie grecque. Fertilité ou stérilité sont ses pouvoirs. C’est elle qui remit au dieu Triptolème le grain pour en-semer la Terre.
(3) « Egrégore » : courants d’énergies mentales ou émotionnelles, résonances vibratoires qui, réunies en formes-pensées, se manifestent en mouvements ou évènements dont la nature est tributaire de la conscience qui les animent.
(4) « Verseau » : ère cosmique de 2400 ans rythmée par le mouvement de la terre sur son axe, pointée actuellement sur l’étoile polaire. L’ère du poisson qui se termine débuta avec l’avènement christique.
(5) « quantique » : théorie de la physique moderne qui, au-delà de la relativité générale, propose des hypothèses audacieuses quant à la nature animée de toute existence. Elle se situe en limite entre l’esprit et la matière.
(6) « Avallon » : littéralement « l’île aux pommiers » dans la mythologie celtique. Synonyme d’ « Eden » ou de « Paradis » c’est le lieu de résidence des divinités, l’achèvement d’une vie terrestre accomplie.
(7) Le « langage des oiseaux » est une approche sémantique des mots qui en cherche le sens dans la phonétique. Ainsi, je « t’ai » (te tiens) pour « me » (moi)
PS : Ce texte a déjà été publié dans la revue « Episème » et dans le livre « Sacrés chants » sans être diffusé chez les Gallopains. Ainsi l’est-il ! Il est disponible sur le site www.sacreschants.com

Stéphanie Mélous

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